lundi 21 mai 2012

Lettre de démission de l'Education nationale

Toi qui lis cette lettre, si tu es arrivé ici car tu souhaites démissionner de l'éducation nationale sache que c’est très facile, tu fais ta lettre, tu l'envoies à l'inspection académique, enfin le nouveau nom qui remplace, tu vas au rdv avec le directeur acad, tu montres que t'es pas fou et que t'as bien compris ton acte, tu confirmes par courrier et c'est fait !!
Par contre, si tu veux partir car tu trouves que c’est dur de vouloir innover dans cette institution, HALTE ! C'est la seule chose intéressante que m'est dit le directeur "l'éducation nationale a besoin d'enseignants novateurs" sur le coup je me suis dit "ok c'est bon pour le autres , pas pour moi !" Après réflexion, c'était peut-être un peu voir à court terme. Innover en dehors c’est pas évident financièrement et logistiquement et surtout au moins d'un mécène c'est compliqué de ne pas faire de l'élitisme. (Cependant c'est possible bien sûr, surtout avec un groupe solide.) Alors oui c'est vrai l'éduc nat a besoin de novateurs. Et puis si la question te tient tellement à cœur que t'en peux plus de voir œuvrer tes collègues, alors souffle, va prendre soin de toi, voyage à l’intérieur ou à l’extérieur et reviens plein de force ou pars quand t'es sur d'élaborer mieux en dehors car la question elle te lâchera pas, n'y pense même pas ! Si c'est dur là tout de suite, prends une dispo ou un mi-temps et laisse mûrir !

Monsieur le Directeur académique,
En septembre 2004, j’étais très heureuse d’entrer à l’IUFM de Guéret, un lieu très chaleureux avec des formateurs aux qualités humaines certaines, dans la préfecture de mon département auquel je suis tant attachée. En juillet 2005, j’étais heureuse d’obtenir le certificat d’aptitudes au professorat des écoles, même si dans les derniers jours d’attente, je m’étais faite à la possibilité de ne pas l’avoir et de poursuivre mes études en physique quantique. En septembre 2006, j’étais heureuse d’être nommée à l’école de Saint Silvain, à douze kilomètres de ma ville natale dans laquelle j’étais bien contente de poser mes bagages.
Pas un jour je n’ai regretté de glisser la clef dans la serrure de ma classe. Pas un jour je ne me suis lassée de regarder le paysage qui environne ce village muet en dehors des heures scolaires. J’ai passé cinq années inoubliables dans cette école, j’avais une classe de cycle 3, j’étais seule enseignante. Je me suis investie, j’y ai passé beaucoup de temps, d’énergie. Cette école, cette classe, ces enfants, c’était ma passion, ma vie. C’était comme une bulle, un espace à part, notre espace à nous. J’ai eu une relation très forte avec mes élèves, bien plus forte que ce que l’on demande à un fonctionnaire, bien plus humaine, bien plus vraie. Chaque année, nous partions en classe de découverte, j’ai passé cinq semaines exceptionnelles, des vacances, du pur bonheur. Des intervenants, aussi sympathiques que compétents sont venus très régulièrement nous faire partager leur passion, que ce soit le chant, la danse, l’escrime, la peinture, l’environnement ou le rugby.
Au fil des années, je me suis éloignée de la pédagogie classique, ma vision de l’enseignement, de l’éducation a évolué. J’ai mis en place des fonctionnements différents, j’ai beaucoup observé, expérimenté. Les tables, les meubles, l’emploi du temps, l’organisation, tout bougeait en fonction du groupe, de mes observations, de mes réflexions. Je me suis beaucoup intéressée à la psychologie de chaque enfant, j’ai essayé d’agir de manière à ce que chacun gagne confiance en lui, se sente reconnu, puisse s’exprimer, s’épanouir. J’ai initié les enfants à la communication non violente, à la vie en collectivité (pour de vrai, pas juste à rester assis les uns à côté des autres), à œuvrer ensemble pour que chacun puisse développer ses capacités et devenir autonome. Je n’ai pas appliqué une méthode, une pédagogie, j’ai cherché tout en pratiquant. En 2010, j’ai rencontré Bernard Collot et ses travaux*, très riches, qui méritent d’être lus par les professionnels de l’éducation, par les parents, par tous en fait. Leurs lectures ont accéléré mes réflexions sur l’école.
Bien sûr, tout n’a pas été parfait, bien sûr tout ne s’est pas passé comme je l’aurais souhaité, j’ai fait de mon mieux en fonction de mes propres dispositions du moment. Je me suis parfois emportée manquant de patience avec des enfants pour lesquels je ne savais plus quoi faire, je n’ai pas assez communiqué ou pas correctement avec des parents, des collègues, des personnes de l’équipe éducative ou des élus. Mon bureau, ma classe ont souvent connu le désordre, je n’ai pas renvoyé dans les délais et, parfois même pas du tout, tous les papiers nécessaires à l’inspection, j’ai survolé plutôt que lire de nombreux courriers du jeudi. Je n’ai pas été attentive dans les réunions de directeurs et n’ai jamais assisté aux vœux du maire, pas plus qu’aux défilés de l’armistice. Je n’ai pas accordé autant d’importance que le souhaiterait un inspecteur veillant à l’application des programmes 2008 à la tenue des cahiers, à l’apprentissage des règles d’orthographe du pluriel des noms, à la récitation des tables de multiplication. Cependant, je dois dire que je suis assez satisfaite de ce que deux ou trois années passées dans ma classe ont pu apporter à plusieurs enfants. Fin 2011, j’ai écrit un court témoignage (qui peut être lu et/ou commandé depuis mon blog) sur mes « cinq années de maitresse » dans lequel j’aborde plusieurs activités qui ont fait sens pour moi, illustrées de petites histoires vécues avec les enfants. 

En avril 2011, j’ai demandé une disponibilité. Je sentais que j’avais atteint les limites de ce que je pouvais mettre en place dans mon école, il m’était impossible de continuer à avancer sans plus d’hétérogénéité. D’autre part, je pense qu’il était temps pour moi de faire autre chose que d’aller à l’école, je n’avais pas manqué une seule rentrée scolaire ou universitaire depuis 1985 (et toutes dans un rayon de 90km d’Aubusson).

Cette année, a été très riche, pas grâce aux voyages comme je l’avais prévu, riche d’amitié, de rencontres, de libertés. J’ai évolué vers plus de compréhension, plus de connaissance et de conscience de moi-même. Je me suis intéressée à la spiritualité et à la physique quantique, et à ce qui en découle dans le domaine de la santé, du bien-être**. 
Aujourd’hui, c’est ma vision de l’enfant, de l’homme, de la vie qui a évolué. Aujourd’hui, j’ai besoin de continuer à découvrir, à apprendre, à rencontrer. L’éducation m’intéresse toujours, seulement j’ai pris beaucoup de recul sur le métier d’enseignant et je ne suis plus dans le même état d’esprit qu’avant.
Je ne peux plus envisager aller passer tant d’heures par semaine dans une salle de classe, seule adulte avec un groupe d’enfants du même âge.
Je ne peux plus envisager d’enseigner les programmes 2008, de faire passer les évaluations nationales, de faire deux heures en plus avec certains enfants, d’appliquer les réformes de ce gouvernement.
Je ne peux envisager de travailler sans un réel projet éducatif avec les collègues, les parents, les élus, les habitants et les enfants.
Je ne peux envisager de travailler avec un rythme qui ne respecte ni les besoins biologiques, ni le rythme des saisons.
Je ne peux envisager de travailler dans un espace non adapté, tant par la taille, que par le matériel, que par l’aménagement.
Je ne peux envisager de travailler pour une école qui oblige les enfants à être vaccinés.
En bref, je ne peux envisager d’enseigner dans les « conditions classiques » de l’Education nationale.
Ce qui ne m’empêche de penser que l’école publique pourrait permettre aux enfants, à tous les enfants, aussi différents soient-ils, de développer leurs aptitudes dans des domaines aussi divers que les arts, le sport, la littérature, les sciences, la communication… en respectant leur nature, leur caractère, en leur donnant toute la sécurité et l’affection qu’ils ont besoin de recevoir des adultes qui les entourent, les éduquent, qui leur montrent l’exemple dans chacun de leur actes, chacune de leurs paroles.

Je n’ai pas le courage de continuer dans le système avec l’espoir de le faire évoluer de l’intérieur. Ce serait trop nier mes propres besoins, mes propres aspirations. Je ne perds pas pour autant le sens des responsabilités et j’élabore un nouveau projet professionnel. J’aspire à travailler, de manière libérale, dans le domaine du bien-être, j’aspire à aider des personnes, enfants comme adultes, à vivre mieux, en meilleure santé. Les portes d’entrée du bien-être sont multiples : relaxation, yoga, sophrologie, méditation, naturopathie, Qi-gong, thérapies innovantes, soins énergétiques, massages… Ce sont ces trois dernières que je compte pousser. Pour cela, j’ai besoin d’être formée, d’acquérir des savoirs et des savoir-faire, d’obtenir un certificat pour pouvoir commencer mon activité.
A terme, j’espère construire, avec des personnes dont les aspirations sont cohérentes et complémentaires aux miennes, un lieu de vie, un lieu d’accueil où nous organiserons des séjours, des stages et des formations et où toute personne pourra venir découvrir, apprendre, approfondir ou simplement se ressourcer pour retrouver confiance en elle. Un lieu avec des personnes différentes, peu importe leur âge, leur handicap, leurs convictions… Un lieu avec des activités variées : musique, écriture, danse, agriculture biologique, peinture, pêche, lecture, théâtre, éco-construction, méditation, sport, cuisine, créations en poterie, tissu, cuir… Un lieu où l’on redécouvre que chacun est auteur et acteur de sa vie, où l’on apprend à être responsable de sa santé, de son bien-être et à en faire profiter ceux qui nous entourent.
Un projet idéal bien sûr, un rêve, une aventure. Il semblerait que je sois de ceux qui ne veulent pas laisser passer leurs rêves, qui osent prendre la vie comme une aventure.

            Lors de ma seconde année d’IUFM, j’ai rédigé un mémoire sur l’énergie et les économies d’énergie (bien matérielles celles-ci). En conclusion, deux idées m’apparaissaient importantes. La première est la nécessité de temps de philosophie dans la formation des enseignants, pour réfléchir à toutes les dimensions de l’enseignement et aux rôles de l’enseignant (à ceux qui ne sont pas évidents, pas conscients), pour prendre de la distance, pour réfléchir à la condition d’enfant. La seconde est la nécessité d’ouvrir au maximum les enfants, sur le temps scolaire, à différents domaines qui procurent du bonheur, de la joie, qui permettent de se découvrir, de se connaitre, de s’épanouir : les arts, le sport (pour se limiter à ce qu’il y a dans les programmes). A présent, je pense, qu’au cours de cette année sabbatique, j’ai appliqué ces deux idées à moi-même et que cela m’a mené sur un autre chemin que celui de l’Education nationale.
            Pour me lancer dans ce nouveau projet, j’ai besoin de mettre un terme à mon premier métier, qui, je le répète, m’a remplie de joie mais ne me correspond plus aujourd’hui.
C’est pourquoi, Monsieur le Directeur, je vous présente ma démission.
Veuillez agréer, Monsieur le Directeur,  mes salutations respectueuses.
  

 
PS : Vous pouvez lire sur mon blog le témoignage sur mes cinq années d’enseignante que j’ai rédigé fin 2011.http://jemislidee.blogspot.fr/2012/01/cinq-annees-de-maitresse.html

PS2 : Je suis disponible pour vous rencontrer.
 * Toutes les références sur Bernard Collot sont sur mon blog dans l’article intitulé « Tout sur Bernard Collot ».http://jemislidee.blogspot.fr/2011/07/tout-savoir-sur-bernard-collot.html
** Tout ceci est arrivé dans ma vie dans une quête de guérison, la médecine allopathique ne pouvant, semble-t-il, rien pour m’aider. Quelques pistes de lecture : le livre « Science et champ akashique » d’Ervin Laszlo, « Le réveil de la conscience » de Jacqueline Bousquet et Sylvie Simon, les travaux d’Emile Pinel.

3 commentaires:

  1. Bonjour, est-il possible de te contacter par mail, j'aurai une question concernant la démission.

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    1. Bonjour Angéline, tu peux me contacter par mail en cliquant sur mon prénom à coté de ma photo dans "qui êtes vous ?" dans le bandeau de droite.
      A très bientôt

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  2. Ceci est exactement ce que je cherchais! J'aimeras ton blog, ont très bon article. Je viens de mettre un lien sur mon blog. Blogueur www.blogueur.blogspot.com

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