mardi 20 novembre 2012

Mauvais rêve

Je me suis réveillée de mon rêve en colère, très en colère après Pasteur et un peu en colère contre Darwin. Je leur souhaitais au premier de s'être réincarné tout au long du 20ème siècle en animaux vaccinés et morts des suites de cet acte, au second dans le dernier individu d'une espèce disparue car elle respectait l'évolution qu'il a décrite et n'a pas eu le temps de changer un gène pendant que ses concurrents étaient au taquet et lui prenaient sa niche écologique.
Ensuite m'est venue cette sage idée qui dit que toute colère contre autrui n'est qu'une illusion de sa propre colère contre soi-même. Je me suis alors demandée ce que pouvait bien cacher ses voeux de malheur à l'âme de deux scientifiques si réputés et adulés. Et j'ai trouvé comme première colère celle d'avoir suivi avec tant d'assiduité tous mes cours de sciences et d'histoire pendant tout mon cursus sans jamais entrevoir l'idée que peut-être ce n'était pas forcément juste. J'étais même fière d'avoir compris en physique que le modèle de l'atome de Bohr n'était qu'un modèle fort approximatif pour ne pas dire quasiment complètement faux que l'on m'enseignait avant d'autres modèles plus justes et plus compliqués. J'estimais aussi être dotée d'un bon esprit critique.
Deuxième colère celle d'avoir continué à me faire vacciner adulte sans chercher à me renseigner davantage sur cette pratique.
Et troisième colère, celle d'un souvenir d'un cours transdisciplinaire sciences/histoire (génial d'après les programmes) sur Pasteur ma troisième année d'enseignement. "Oui petits français soyez fiers de compter dans vos patriotes le génie Louis pasteur et son incroyable invention du vaccin contre la rage qui a ensuite permis de sauver tant de vies dans notre société et surtout dans le tiers monde !"

Je réalise alors que j'ai oublié de noter dans ma lettre de démission une raison importante : je ne veux plus enseigner des théories pour lesquelles j'ai un léger doute sur leur bien fondé, et je ne parle pas de la règle de trois ou de l'accord du participe passé avec l'auxiliaire avoir, je ne veux plus enseigner en passant à côté de choses essentielles, je ne parle pas du calcul de la saturation en sel de l'eau du robinet mais plutôt de l'apprentissage de gestes simples pour prendre soin de sa santé de manière gratuite et autonome ou d'une approche plus holistique de la réalité, plus poétique aussi.

J'ai envie de dire à mes anciens élèves cette citation du film "Rois et reines" : 
"Il faut toujours prévoir que, évidemment, on a raison mais que c'est toujours possible qu'on ait un peu tort en plus, sans s'en rendre compte. Et avoir un peu tort c'est une très bonne nouvelle, ça veut dire qu'on a déjà pas toute la solution et que la vie va être bien plus étonnante et pleine de surprises que ce que l'on croyait."
J'avais sans doute raison sur pas mal de choses mais aussi tort sur plein d'autres, j'ai joué à l'adulte qui sait ce qui est bon pour vous et ce que vous devez apprendre, ai-je pensé à vous enseigner à vous demander si je n'avais pas tort, si je ne passais beaucoup de temps à vous ressortir ce que j'avais moi-même appris docilement sur les bancs inconfortables de l'école?