jeudi 24 novembre 2011

Négawatt et passage à l'action

De passage en Ardèche, j'ai participé à la préparation et l'animation d'une soirée conférence-débat à l'initiative d'amis motivés pour faire connaitre le scénario Négawatt.

Ils nous ont présenté ce scénario qui s'appuient sur  trois grands principes nécessaires et indissociables :
- la sobriété, opposé de l'ébriété : se passer du superflu, une sobriété heureuse, une simplicité volontaire,
- l'efficacité : utiliser des technologies efficaces et durables,
- l'utilisation des énergies renouvelables.
Ce scénario montre que contrairement aux idées reçues, les énergies renouvelables peuvent subvenir à nos besoins si nous appliquons la sobriété et l'efficacité. Ce travail fait par des indépendants est très détaillé et chiffré, s'appuie uniquement sur des technologies existantes.

Quelques heures avant la soirée, j'ai proposé de participer. Je trouve très intéressant de faire connaitre un tel scénario, de démontrer que la transition énergétique est possible, il me parait intéressant de réfléchir ensuite au passage à l'action.
Je me suis appuyée sur mon expérience d'instit, le travail de Guilain sur la question de la motivation, la conférence de la Scop Le pavé sur "la faim du pétrole" et son approche du comportement humain face à adoption de nouveaux comportements.


Voici mon raisonnement :
Pourquoi agissons nous ?
Nous pouvons être motivé par :
1- l'action en elle-même,
2- le fait que l'action corresponde à nos propres valeurs,
3- le fait que l'action corresponde aux valeurs de nos proches,
4- une ou plusieurs conséquences de l'action,
5- des conditions matérielles ou la loi qui nous oblige à faire cette action.
Exemple : je peux aller au travail à vélo parce que j'aime faire du vélo, parce que je ne veux pas bruler de carburant, pour faire plaisir à mes proches, pour faire des économies, parce que je n'ai pas de voiture, parce qu'il 'y a plus de pétrole !

Comment passons nous à l'action ?

1- J'ai l'idée, je prends conscience de la possibilité de cette action,
2- J'envisage de faire cette action, je pèse les avantages et les inconvénients,
3- Je me prépare
4- Je passe à l'action
5- J'achève cette action, je la consolide, elle devient naturelle pour moi.

D'abord je me dis que ça serait bien d'aller au travail à vélo, je me dis que ça me ferait faire du sport, faire des économies mais qu'il faudra que je me lève plus tôt et que je risque de subir des intempéries, je me prépare psychologiquement et matériellement, je vais au travail à vélo, j'en prends l'habitude, j'ai tout ce qu'il me faut pour faire du vélo, je vends ou partage ma voiture !

On peut parfois régresser dans le cheminement, ou avoir besoin de passer beaucoup de temps sur la phase "j'envisage", ce qui fait que l'on va franchir les étapes rapidement c'est notre détermination, c'est à dire notre capacité à avoir plus envie de réussir que peur d'échouer.

L'idée est que les convaincus sont déjà engagés dans des actions de transition énergétique, qu'ils en adoptent de plus en plus en s'enrichissant des pratiques des autres.

Pour que la société prenne un réel virage, il faut que les non-convaincus prennent conscience des changements nécessaires, qu'ils entrent dans le cheminement qui va les amener à changer leurs comportements.

Pour Antony, le conférencier du Pavé, ce qui ne marche pas c'est de faire des conférences avec des spécialistes dans des salles, c'est de militer dans le cadre prévu et subventionné par le système.

Ce qui marche dans l'action de groupe, c'est d'imaginer et mettre en œuvre des manifestations originales non attendues par le système.
Ce qui fonctionne pour semer des graines chez les non-convaincus, c'est :
- de discuter avec eux dans l'espace public,
- de se montrer bienveillant envers eux, c'est à dire de ne pas les juger car ils adhèrent à la pensée "moyenne véhiculée par les média" sur le sujet qui nous tient à cœur, nous avons tous des sujets pour lesquels nous n'avons pas approfondi la réflexion et adhérons à cette pensée "globale",
- de les écouter, de leur donner l'occasion d'exprimer leurs problèmes, leurs visions,
- de partager avec eux, ils pourront peut-être nous éclairer sur d'autres sujets,
- de leur donner un verre car au bout d'un moment on se demande ce que l'on fait là à discuter dans la rue avec un inconnu et qu'avec un verre à la main tout de suite on se sent mieux, plus légitime !

A chacun d'inventer des modes de communication en ce sens afin de semer des graines et en espérant qu'une de ces graines fasse grandir un mouvement de masse.

Dans sa conférence, Antony raconte des manifestations originales qui ont porté leurs fruits, comme par exemple le blocage d'un aéroport avec le simple envoi d'une lettre expliquant que des personnes, habillées comme tout le monde, allaient venir à l'aéroport vers 8h et allaient s'enfermer dans un WC public avec un stock de bons bouquins pour toute la journée et que viendraient autant de personnes qu'il y a de WC. Si cette action peut faire sourire au départ, on se rend compte ensuite du danger qu'elle représente pour les gérants de l'aéroport.
Pour l'action sur la voix publique, il y a le "porteur de paroles" : on installe une grande affiche sur laquelle on écrit une question ou une affirmation qui va susciter des réactions sur le thème dont on veut parler (exemples pour parler auto-stop "auto-stoppeurs, même pas peur" ou "auto-stoppeurs profiteurs"), et puis des fils à linge pour pouvoir accrocher des feuilles A4 avec les traces que les gens veulent laisser. Il faut réussir à lancer une discussion avec des passants et si tout se passe bien les discussions peuvent s'enchainer, il n'y a plus qu'à apporter les verres !

Au quotidien, je n'hésite pas à discuter avec des inconnus, en faisant du stop, dans le train...